Biologie comportementale et stress : compétition et agressivité

Jean Krakowiecki

publié le 1er juillet 2008
mise à jour le 1er juin 2010

A. Introduction

Si la relaxation peut apparaître comme une panacée, il n’en demeure pas moins que l’action la plus efficace pour l’homme serait d’agir avant que le mauvais stress n’apparaisse.

De là, il est évident que l’apparition du phénomène de stress doit être étudié.

Une voiture manque de nous écraser et le système endocrinien se met à l’oeuvre : le coeur bat fort, les mains sont moites, c’est une réaction normale et salutaire pour l’individu.

Il y a beaucoup d’autres réactions de stress quand, par exemple, le voisin écoute du Hard-Rock à une heure du matin et qui dans un élan de générosité, veut en faire profiter tout l’immeuble...

Ici, nous avons voulu mettre en évidence un stress auquel personne n’échappe, le stress lié à la relation entre individus, particulièrement quand intervient la notion de « territoire », introduisant le phénomène de compétition et de rapport de force.

C’est en se penchant sur cette question, que le Professeur Henri LABORIT a montré les mécanismes biologiques inconscients qui sous-tendent le comportement humain. C’est au Professeur LABORIT qu’est dédié ce texte.

B. Le stress

Selon la définition de Hans SELYE, le stress est « une réaction non spécifique de l’organisme à toute demande qui lui est faite ».

Le stress est donc une réaction normale et même salutaire pour la survie de l’individu.

L’organisme, pour maintenir sa structure biologique en état de fonctionnement (et c’est là sa seule finalité, sa seule raison d’être), a besoin de prendre connaissance de ce qui se passe dans son environnement.

Non pas en réponse aux signaux de l’environnement lui-même, mais en réponse aux signaux fondamentaux qui sont ses signaux internes.

Cet organisme va transformer cet environnement par son action.
Un système nerveux ne sert qu’à agir.

Donc, l’individu va agir sur cet environnement pour se conserver en vie ( « Constance des conditions de vie », « principe de l’homéostasie », « principe du plaisir »... ).

C. Au niveau cellulaire

C’est peut-être à ce niveau d’organisation que nous pourrons le mieux approcher la signification biologique de ce qu’expriment des mots tels que « sensation agréable ou désagréable » ou « plaisir », « douleur », ou encore comme le mot « besoin » toutes notions impliquant un phénomène « affectif ».

Toute cellule présente, entre sa face externe et son protoplasme, une différence de potentiel qui résulte de la différence de la concentration ionique entre l’intérieur et l’extérieur. Or, un des principes de la thermodynamique, est de tendre à niveler thermodynamiquement cette différence de concentration, nivellement qui se réalise de façon stable dans la mort. (principe d’entropie).

En d’autres termes, cette cellule normalement « polarisée » doit continuellement lutter contre une « dépolarisation ».

Ceci n’est possible que grâce à son « métabolisme ». C’est à dire grâce à la mécanique biochimique complexe qui, soutirant l’énergie dans les molécules alimentaires, permet de faire fonctionner cette cellule.

On pourrait comparer cette cellule à une barque trouée qui ne peut se maintenir à flot que grâce au fonctionnement d’une pompe rejetant continuellement à la mer, l’eau qui l’envahit (l’énergie nécessaire au fonctionnement de la pompe étant apportée par cette eau qui pénètre dans la barque).

C’est la polarisation de la membrane qui va régler les échanges entre la cellule et le milieu : une membrane fortement polarisée devient moins perméable et une membrane fortement dépolarisée devient très perméable.

On peut alors décrire la succession suivante des événements :

  1. Une membrane polarisée diminuant les échanges, l’approvisionnement métabolique diminuera, et en conséquence, l’activité métabolique.
  2. L’activité métabolique diminuant, le potentiel de membrane va décroître.
  3. Le potentiel de membrane décroissant, les échanges augmenteront.
  4. Les processus métaboliques s’accroissant, le potentiel de membrane également, la membrane se repolarise.

Les phénomènes pathologiques sont liés à un apport d’énergie du milieu sur l’élément vivant, quantitativement trop importante pour que la réaction oscillante soit constante.

Si la dépolarisation cellulaire persiste de façon stable, la cellule et l’organisme évoluent vers la mort. (Toutefois, entre l’équilibre oscillant et la dépolarisation pathologique, de nombreuses situations intermédiaires peuvent exister).

La douleur apparaîtra lorsque la dépolarisation (consécutive à un apport énergétique inhabituel et inadapté au métabolisme cellulaire de base) obligera le métabolisme à fonctionner de manière inhabituelle.

C’est ainsi que lorsque l’on place une électrode dans certaines régions du cerveau chez le rat et que l’animal apprend à la stimuler électriquement en appuyant sur un levier, pour un courant de faible intensité et durée, l’animal semble éprouver une sensation agréable puisqu’il se récompense lui-même en appuyant sur le levier.

Une stimulation de plus longue durée et d’intensité plus forte est ressentie comme une punition, une souffrance et l’animal éprouve à son égard une réelle aversion.

Il est à noter que cette sensation dépendra aussi de l’état « d’entraînement » de l’organisme.

D. Le système nerveux

Nous avons vu au chapitre B que l’individu va agir sur son environnement pour se conserver en vie. Que le système nerveux est là pour agir et maintenir cet « équilibre oscillant » des cellules de l’organisme.

Tout ce que nous connaissons du monde, ce n’est point un environnement siégeant «autour» de notre organisme, mais seulement l’activité relationnelle que les neurones de notre système nerveux entretiennent entre eux.

Ainsi, quand je ne suis pas « bien dans ma peau », quand je suis en train de me déstructurer, je ne suis pas heureux.

Et je tends à agir sur mon environnement de façon à conserver ma structure.

Il est à noter que le stress ne peut exister que grâce à la mémoire. J’ai appris, bébé, qu’en pleurant, j’attirais l’attention de maman. En souriant aussi. Ensuite, j’ai compris qu’en agissant sur l’extérieur, je pouvais éliminer la plupart des stresseurs.

De cet apprentissage, ou conditionnement, il ressort que jamais nous n’avons appris à agir sur nous-mêmes et qu’une démarche dans ce sens en tant qu’Adulte, suppose une réelle volonté - nécessaire pour casser un conditionnement - liée à une prise de conscience, une compréhension minimum du fonctionnement humain.

Selon un modèle explicatif, on peut distinguer trois parties formant le cerveau humain :

  1. Le cerveau reptilien
  2. Le système limbique
  3. Le néo cortex

1. Le cerveau reptilien.

Ce cerveau primitif permet des comportements stéréotypés programmés par des apprentissages ancestraux. Il paraît dominer les fonctions instinctives telles que l’établissement du territoire, la chasse, le rut et l’accouplement, l’établissement des hiérarchies sociales, la sélection des chefs...

Il est important de savoir que le cerveau perfectionné de l’homme s’est bâti sur ces fondations et peut-être, comme le suggère Mc LEAN (1 964, « Man and his animal brain » Mod.med.32 .95:106), la part prise par ce cerveau reptilien dans le comportement humain d’obéissance aux rites cérémoniaux, aux lois, aux opinions politiques, aux préjugés et au conformisme d’une époque.

Le chien lorsqu’il urine sur un réverbère pour marquer son territoire obéit encore à son cerveau reptilien. Il serait utile de savoir ce qui subsiste de ce réflexe chez l’homme, dans la notion de propriété, de classe ou de patrie...

Les comportements que le cerveau reptilien commande, qu’il a tendance à réaliser, se heurteront à d’autres découlant du fonctionnement de régions cérébrales plus récentes phylogénétiquement.

Son fonctionnement réflexe sera inconscient, donc ignoré. Ne pas connaître son existence et sa puissance fondamentale, c’est ouvrir une voie large à l’établissement de névroses, surtout si le groupe social oblige à refouler, inhiber son fonctionnement. C’est au contraire favoriser chez l’homme un comportement reptilien, si la société pour son avantage en facilite l’expression.

2. Le système limbique.

Chez les mammifères, le cerveau reptilien est entouré d’un lobe limbique. Le système limbique est fort semblable chez tous les mammifères et sa structure est relativement primitive en comparaison de celle du néo cortex.

Il joue un rôle essentiel dans l’expression émotionnelle et le comportement viscéro-somatique.
En effet, la vie organique de nos viscères est intimement liée à notre vie affective.

Toute mobilisation inconsciente, profondément inscrite dans l’organisation de notre système nerveux est la résultante d’une évolution.

C’est d’ailleurs ce mode réactionnel qui est le plus efficace pour notre survie. C’est lui qu’ont « adopté » les mammifères.

Le système limbique permet à tous les individus qui le possède de rechercher, orientés en cela par la qualité agréable ou désagréable des informations reçues, la survie immédiate, en d’autres termes, la protection de la structure hiérarchisée de l’organisme.
Les comportements auxquels ils donnent naissance sont ou vraiment stéréotypés ou du moins relativement simples.

Il faut comprendre aussi que, du fait que les phénomènes qu’il dirige sont réflexes, ils sont le plus souvent inconscients. Si nous en prenons conscience, ce n’est pas tant par le comportement qui les accompagne que par les phénomènes végétatifs qu’ils déclenchent : vasoconstriction (le froid de la peur), accélération du rythme cardiaque...

C’est donc surtout par les variations de notre équilibre vasomoteur, du tonus musculaire, de nos vaisseaux, que ces émotions nous sont rendues conscientes.

Mais même si nous sommes conscients de ces réactions émotives, nous restons absolument inconscients de leur signification phylogénique, de la finalité profonde et ancestrale qui les guide, à savoir la protection de la structure biologique au sein de laquelle elles prennent naissance.

(Cela pour la raison essentielle que si, elles expriment un état d’activité fonctionnelle de certains neurones entre eux, cet état se situe à un niveau de hiérarchie des structures nerveuses centrales trop primitif pour trouver un langage du type que celui que nous utilisons dans nos échanges d’informations avec nos contemporains. Il s’agit d’un niveau d’abstraction pré-humain et ce que nous exprimons avec des mots, ce sont seulement des variations vasomotrices et leurs relations avec certaines situations particulières.)

3. Le néo cortex ( « nouveau cerveau » )

La troisième étape de l’évolution apparaît tardivement chez les mammifères les plus évolués, un néo cortex enveloppant le cerveau reptilien et le système limbique. Il est d’autant plus développé que l’espèce est capable de plus d’adaptations originales par rapport au milieu.

C’est avant tout un cortex associatif, qui va permettre des solutions comportementales de moins en moins stéréotypées. Ce néo cortex peut être considéré comme la base fonctionnelle de l’imagination, de l’anticipation.

Selon le Professeur LABORIT, le plus grave « c’est que l’homme inconscient de la finalité du système limbique et du reptilien, mais conscient de ses émotions, les a interprétées avec son langage tout neuf, celui de son néo cortex. »

Il s’est en quelque sorte servi de son néo cortex pour interpréter et le plus souvent pour justifier, pour enfermer dans un jugement de valeur, ses pulsions primitives. « On comprend qu’il ne soit pas encore sorti du labyrinthe où cette entreprise l’a plongé ! »

En effet, la falsification de notre inconscient par le langage conscient ne peut aboutir qu’à obscurcir le problème que celui-ci pose ; mais l’assumer sans le sublimer, ce qui simplifierait bien des choses, nécessiterait évidemment que nous soyons conscient de notre inconscient ou du moins des pulsions fondamentales qui le tendent.

E. L’action humaine

Un rat à qui on a posé une électrode peut se stimuler lui-même en appuyant sur un levier qui dispense un faible courant électrique lui apportant un bien être, au point de le faire plus de 48 heures avant son épuisement. De même, il ressentira une réelle aversion avec un courant de plus forte intensité.

Les éthologistes (ceux qui étudient le comportement animal) ont longuement étudié et montré des relations qui développent toujours le même processus de recherche de plaisir (objets et êtres gratifiants) et évitement de la douleur.

Cette notion fondamentale va engendrer un phénomène de compétition entre les individus pour recevoir le maximum de plaisir et le minimum de souffrance.

(Cette pulsion étant le plus souvent inconsciente pour l’être humain, puisqu’elle participe du système limbique et est nécessaire à la survie de sa structure biologique).

F. La compétition, l'agressivité

Un individu est situé dans un espace. Si celui-ci était vide, il n’aurait aucune raison d’agir. Il agit donc sur des objets et des êtres situés dans ce qu’il est convenu d’appeler son « territoire ».

Si ces objets ou ces êtres sont dangereux pour son équilibre biologique, il essaiera de fuir, sinon de combattre pour faire disparaître « l’objet de son ressentiment ». Si l’une de ces attitudes - fuite ou lutte - est efficace et le libère de l’agent agresseur, il mémorisera la stratégie favorable et la répétera pour éviter la punition. Mais s’il ne peut ni fuir, ni lutter efficacement, il entrera en inhibition, qui, si elle dure, sera responsable de désordres biologiques.

La fuite et la lutte sont de plus en plus difficiles à utiliser de nos jours d’inter-dépendance socio-économique aussi étroite qu’aliénante. C’est sans doute la raison du nombre croissant de maladies dites « psychosomatiques » chez le citadin.

Quand on compare la vie sociale de l’homme moderne avec celle de ses ancêtres du néolithique, on constate que certains moyens de fuite ou de lutte lui sont interdits. Quand deux animaux de la même espèce ou d’espèces différentes entrent en compétition dans un environnement naturel, soit au sujet d’un territoire, soit au sujet d’une femelle, l’un deux finalement cède et s’éloigne : il s’agit d’une « entente mutuelle sur une réaction d’évitement ».

Le phénomène est courant chez le gorille. Quand les animaux sont en cage, qu’ils ne peuvent s’éviter, la compétition se termine souvent par la mort de l’un d’eux ou par la soumission du vaincu. Une hiérarchie s’établit.

Chez l’homme, le même phénomène apparaît. Chez les tribus primitives « l’évitement mutuel » était encore possible. Il est devenu impossible dans nos sociétés modernes. Les lieux de travail sont des lieux de réunions entre individus où la promiscuité est inévitable et rendent impraticable la « réaction d’évitement mutuel ». Il s’agit d’une cage analogue à celle où l’on peut enfermer deux gorilles.

Ainsi, deux êtres vont s’entendre parfaitement tant que leur espace sera vide d’objets ou d’êtres gratifiants. Dès qu’apparaîtra le « plaisir potentiel », ces individus vont chercher à s’approprier ce Plaisir. L’autre va devenir l’empêcheur, l’ennemi de la structure biologique.

J.M.R Delgado a observé au téléobjectif des groupes de singes auxquels il avait préalablement implanté des électrodes dans diverses aires cérébrales. Les animaux se trouvaient en liberté et l’électrogenèse de leurs aires cérébrales étaient enregistrées à distance. Il était aussi possible de les stimuler à distance.

Très rapidement, ces animaux se constituent en sociétés. Un chef apparaît qui soumet les autres animaux à son autorité, son autorité sexuelle d’abord, évidemment. Une hiérarchie s’établit ensuite progressivement parmi les autres et cette hiérarchie se trouve être liée au comportement. Elle est fonction de l’agressivité. Le chef est le plus agressif. D’autre part, cette agressivité est elle-même fonction de l’électrogenèse du système limbique et il fut possible, en stimulant les neurones de ce système, d’influencer la hiérarchie, c’est à dire de transformer en chefs, des esclaves.

On peut concevoir cet exemple de deux fonctionnaires dont la gratification sera la «reconnaissance de leur qualité», «les compliments du chef». A ce moment, le salaire n’intervient pas, ni la peur d’être congédié. Pourtant, rapidement va s’instaurer une compétition. Le plus agressif va cacher des informations à son collègue, « fayoter » auprès du chef, dénigrer le travail de son collègue,... jusqu’au moment où son responsable hiérarchique s’adressera directement à lui pour le travail. L’intelligence n’aura servi qu’à mieux établir la dominance et justifier les actes agressifs. ( « Mon oncle d’Amérique », film d’Alain Resnais, 1980, avec Henri LABORIT).

Combien de gens s’entendent parfaitement et pourtant sont incapables de travailler ensemble ?...

L’autre sera toujours l’obstacle à la domination, à la réalisation des désirs individuels et inconscients. C’est l’ennemi à détruire alors que les lois sociales s’y opposent.

L’aîné ressentira souvent la présence de son frère qui vient de naître comme un obstacle à l’amour maternel. Le stress résultant apporte son lot de névroses bien connues des psychothérapeutes.

C’est la recherche du plaisir : domination sexuelle, besoin d’être aimé, admiré, d’être préféré, ensemble affectif inconscient évidemment, comme tous les automatismes dont le siège demeure paléocéphalique, qui colore sentimentalement le réflexe agressif millénaire.

G.  Et le monde ?

L’évolution de l’homme, spécialement de son cortex orbito-frontal - grâce au langage - lui a permis de transmettre son expérience de génération en génération, d’inventer de nouveaux objets, de les échanger par le commerce, et la compétition s’est transformée.

Aujourd’hui, il s’agit d’une compétition économique entre les individus, les groupes, les Etats et blocs d’Etats, sur laquelle s’établissent les dominances. Les individus, les groupes, les Etats dominants sont ceux les plus capables d’exploiter une information abstraite, à base de physique et de mathématique, capables d’inventer des robots faisant le plus de marchandises en un minimum de temps et pour le « meilleur coût ». Les autres sont inutiles et en inhibition de l’action !

En ce qui concerne les maladies psychosomatiques, si j’avais une pneumonie, j’aimerais qu’on me prescrive de la pénicilline, mais ce ne serait qu’une thérapeutique d’urgence, comme pratiquement toutes les thérapies médicales contemporaines ! Si le pneumocoque m’a rendu malade, c’est que mon système immunitaire a été incapable temporairement de me défendre. C’est très probablement parce qu’il était bloqué, en particulier par une cortisolémie élevée. Cette hyper cortisolémie était le résultat d’une inhibition de l’action consciente et le plus souvent inconsciente. En effet, je négocie ma vie quotidienne avec toutes mes expériences mémorisées et inconscientes, donc de mes apprentissages et ma mémoire. En l’absence d’une lucidité envers soi-même assez rare, il est bien difficile, même après cinq ou dix ans passés sur le divan d’un psychanalyste, de rendre ces expériences inconscientes et passées à la vie. Je ne pense pas que l’avenir de l’espèce humaine se trouve dans la pharmacologie !

Si bien qu’il serait sans doute nécessaire de prendre le problème par un autre bout et de trouver les moyens de rendre l’environnement social plus viable pour la majorité des gens. Mais alors, il serait indispensable de leur apprendre d’abord ce qu’ils sont, avant de leur indiquer ce qu’ils doivent être !

En d’autres termes, transformer la compréhension par l’homme de ce qu’il est lui-même et de se poser la question de savoir ce qu’il est venu faire sur cette planète ? Des marchandises ?

Il comprendrait peut-être, alors, que la notion darwinienne de la survie du plus fort, capable d’établir sa dominance, débouche aujourd’hui sur tous les maux que l’on déplore sans en montrer l’origine. Avec le stress que tout cela implique !

Si la compétition a pu être pendant des siècles à l’origine du développement technique, elle est aujourd’hui dans sa forme purement économique à l’origine de tous les déséquilibres sociaux, inter-individuels, entre le Nord et le Sud de la planète, l’origine des pollutions et du saccage de la biosphère.

On ne respecte que les leaders, les « battants », les entreprises performantes, les notions dominantes - après le modèle américain, c’est le modèle japonais - dans une idéologie libérale qui concrétise la foire d’empoigne qui domine le monde contemporain.

Comme il n’est jamais agréable pour un individu, un groupe humain, un Etat d’être dominé, on uniformise le comportement des dominants à l’ensemble de la planète. Les dominants considérant que leur réussite constitue la preuve de la vérité de ce qu’il exportent.

H. Que faire ?

On peut se demander si la notion de territoire qui fait uriner les chiens le long des réverbères ne peut vraiment être dépassé une fois pour toutes dans le comportement de l’homme contemporain.

Bien sûr, le nec plus ultra serait de généraliser les connaissances de biologie comportementale à l’ensemble des hommes de la planète.

En effet, aussi longtemps que les hommes n’auront pas pris conscience de leur déterminisme biologique et croiront à leur liberté, il y a peu de chances que cela change. Il faut, pour que cela change, que chaque homme prenne d’abord conscience de son animalité, de ce qui le lie à la vie dans son ensemble. Peut-être sera-t-il capable de dépasser son conditionnement biologique ?

Comment espérer un jour que l’Homme que nous portons tous en nous puisse se dégager de l’animal que nous portons également si on ne lui dit comment fonctionne cette admirable mécanique qu’est son système nerveux ?

L’homme a pu voler à partir du jour où il a découvert les lois de la gravitation. Il ne s’est pas pour autant libéré d’elles, mais il a pu les utiliser à son avantage.

En ne plaçant ses espoirs que dans la transformation par ailleurs indispensable, de son environnement socio-économique, il ne résoudra qu’imparfaitement le problème de son aliénation. Seule la connaissance de ses déterminismes biologiques lui permettra la transformation de sa structure mentale, sans laquelle toutes les révolutions risquent d’être vaines.

Mais n’est-il pas stressant pour l’homme qui se targue d’être le dernier maillon de l’évolution des êtres vivants, d’apprendre qu’il est dominé à son insu par son cerveau reptilien et son système limbique ? Que son intelligence lui sert de support pour établir sa dominance et la justifier ?